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Je suis migrant. L’Hebdo choc de la rentrée.

Posté par bouquinsprlefun le 3 septembre 2015

Je suis migrant

 

1. Je suis européen

Je suis européen depuis ma naissance. On m’a appris à réciter les capitales européennes depuis l’école élémentaire, je devais avoir 10 ans. On m’a dit que l’Europe était solide, que je n’avais pas de craintes à avoir sur notre avenir commun, avec les pays frontaliers. J’ai appris notamment ce qu’est le traité de Maastricht, j’ai dû réciter les entrées de la Politique Agricole Commune, et connaître par cœur les dates de l’élargissement des pays de l’Union.

L’Union Européenne, je savais ce que c’est étant petit. Mais je ne savais pas que les conséquences des élargissements successifs, de l’acceptation d’autres pays avec qui, personnellement, je n’ai que peu de choses en commun, seraient grandes. Je ne dis pas qu’elles sont graves pour moi, je sais juste qu’il y a de sérieux problèmes. J’aurai voté pour au référendum dans mon pays. C’est sûr.

On m’a appris la tolérance, le respect, la solidarité sous plusieurs formes, dans un cadre proche de mon environnement habituel. Ecole, copains, famille. Un environnement connu, stable, pas de tremblement de terre à l’horizon. On m’a appris à dire merci, bonjour, à ne pas me soucier de qui j’ai en face de moi ou plutôt à respecter la personne, d’où qu’elle vienne. Du moins, c’est une valeur qui est importante pour moi, qui combats les injustices de toutes formes.

On m’a appris la laïcité à l’école, ou plutôt, j’ai vu faire, puisque j’ai grandi depuis et quitté l’école. On m’a appris à montrer l’exemple par rapport aux plus petits, à accepter les différences, à découvrir de nouvelles cultures, et de plus en plus, j’ai totalement intégré ces choses qui viennent tout naturellement lorsque je rencontre de nouvelles personnes, que je découvre un lieu de vie, une nouvelle culture en vacances par exemple. Je n’oublie pas d’où je viens, je n’oublie pas où je vis. J’aime mon pays, j’aime ma région, avec ses spécificités géographiques, économiques ou encore culturelles, et jamais je ne pourrai les oublier. J’aime mon pays. J’ai rarement autant aimé mon pays que maintenant. Le pays de la Tour Eiffel, des vignes à perte de vue, des montagnes et des plaines, des paysages tous aussi différents les uns que les autres. La richesse de ce pays est infinie. Il faut plus qu’une vie pour visiter toutes les régions, régions qui se complètent, départements qui parfois se détestent mais qui doivent bien se plier aux lois pour fusionner. J’aime ces différents climats, ces paysages immenses, ces fêtes traditionnelles remasterisées par les jeunes, ces produits si goûteux et ces visages chaleureux que vous rencontrez en vous baladant au gré de vos envies. Ces villes si incroyables, faites à la fois de vestiges du Moyen-Age, de nouveautés du début 1900, de bâtiments et espaces futuristes prenant en compte au minimum les besoins écologiques, un mélange d’art, d’urbanisation massive, de pistes cyclables et de parkings payants. J’aime le mélange des genres dans mon pays, j’aime donc la France et les français, d’où qu’ils viennent et de tous niveaux de vie, j’aime l’histoire de notre pays, et j’aime surtout ce que j’imagine de son avenir, plutôt optimiste pour une fois.

Seulement je sais aussi à quel point je suis proche des pays frontaliers au mien.

Je sais à quel point il est facile d’aller parler dans la langue de Goethe, à deux pas de chez moi, pour y passer quelques heures; faire des courses, dîner, nager, prendre de l’essence, visiter des villes, ou encore passer quelques jours au bord d’un lac. Parce que c’est beau, ou parce que c’est proche. Parce que c’est pratique.

Je sais à quel point le Luxembourg et la Belgique sont proches aussi. Très proches de notre culture, très ouverts, multiculturels, j’ai cette image de partage et de joie de vivre qui me suivent depuis que j’y ai été rapidement quelques jours.

Je sais que l’Italie et l’Espagne sont des pays magnifiques, qui attirent énormément de touristes, qui m’attirent énormément d’ailleurs. Des pays qui sentent bon la mer et le soleil, les fruits et légumes, les épices, la musique, les costumes typiques… mais bien plus encore. Je sais qu’un étudiant espagnol est un étudiant européen dont je me sens très proche. Je sais qu’un travailleur espagnol est comme un travailleur français, il se bouge pour obtenir ce qu’il veut, un point c’est tout. Et s’il est sans emploi, il se bat pour en décrocher un. Comme un français.

En grandissant je me rends compte à quel point le monde est petit, que tous ces beaux pays sont proches et qu’il est si facile d’en venir, d’y aller, d’y rencontrer des gens fantastiques, qui vivent comme nous, pour être heureux sans rien demander à personne.

Je suis européen et français. On m’a donné une nationalité, on m’a attribué un numéro parmi tant d’autres, je n’ai manqué de rien, j’existe et j’ai le droit d’exister jusqu’à ma mort, juste parce que je suis né en Europe.

 

2. Je suis l’Europe.

Terre d’accueil, terre de multiculturalisme, et à la fois terre qui recèle d’histoire, de villes anciennes, de cathédrales nées au Moyen-Age, mais aussi d’échanges économiques nécessaire à notre niveau de vie, très confortable à l’Ouest, plus moyen à l’Est. Je suis une terre aux limites assez floues, finalement. Tous les pays limitrophes, que j’ai pu découvrir au fil de ma croissance géographique, veulent faire partie de moi. Mais suis-je seulement apte à m’agrandir, comme cela, alors que ma tête et mes jambes ne travaillent pas de la même façon, alors que ce que mon cœur me dicte est contraire à mes valeurs, alors que mes cellules ne se comprennent pas, se haïssent parfois, se critiquent, n’ont pas le même point de vue sur le travail, sur l’emploi, sur l’éducation, l’économie, la justice, la police, la croissance, les discriminations, la violence, la retraite, les droits et devoirs des citoyens, les entreprises… Comment faire pour consolider mon corps qui se gangrène, qui abrite à la fois des pays qui ont vécu des guerres ensemble, qui ont pu par le passé se sauver l’un l’autre pour ne pas que j’explose ? Comment faire avec des dettes monstrueuses, des pays en crise économique semblable à un cancer incurable ? Que faire lorsque les filières du grand banditisme s’étalent à travers mes vaisseaux, mes artères, en campagne comme à la ville, auprès des jeunes comme des anciennes cellules ? Comment ne pas ignorer les traffics, les réseaux de prostitution, de pick-pockets devant les lieux les plus fréquentés des touristes de toute mon territoire ? Ce serait fermer les yeux. Et je ne peux pas faire cela. Je dois porter en moi la vie, la fierté de mes cellules, les protéger car elles me font vivre dans l’ordre mondial. Protéger tous mes organes vitaux, hausser ma vigilance face au terrorisme de proximité qui arrive et arrive de plus en plus, alors qu’il n’existe aucun vaccin.

3. Je suis migrant

Je vis avec la peur. J’ai vraiment très peur. Mes pieds ne peuvent plus me porter, j’ai froid, j’ai faim, je suis sale, seul, et j’ai très, très peur.

Tout à commencé dans mon pays, un pays que j’aime, dans lequel je me sentais bien, entouré de ma famille, mes amis, mes collègues de travail. Un pays dans lequel il faisait bon vivre, se lever, se préparer pour aller travailler.

Et puis, j’ai dû faire un choix. Un choix risqué, un choix horrible, un choix de la dernière chance. J’ai dû quitter tout ce que j’avais bâti toutes ces années pour survivre. Pour trouver un autre moyen de voir l’avenir, un avenir plus long, un avenir plus sécurisé pour moi, un avenir qui me permettra peut-être d’envoyer quelques billets à ma famille restée là-bas. Parce que j’ai toute une famille qui compte sur moi. Trois générations, dont un bébé, que j’ai à peine vu naître avant de prendre la route.

J’étais si fier d’appartenir à mon pays. Depuis plusieurs années, c’est la guerre. On tue. On meurt. J’ai perdu de nombreux amis et membres de ma famille. Tiendront-ils ? Jusqu’à quand tuera-t-on des innocents, jusqu’à quand faudra-t-il que tous ces gens soient enterrés, les uns avec les autres, empiétant sur nos villes, nos terrains de football, nos villages, nos paysages ? Toutes tombes à perte de vue, c’est insoutenable.

La route. Longue, très longue route, chaleur, froid, faim, soif, et fatigue sont permanents. Ils se relaient. La peur, elle, ne part jamais, je l’ai emportée comme on prend des chaussures ou une veste d’hiver. Telle une couverture sombre, humide et inconfortable, elle me couvre jusqu’à m’étouffer la nuit. J’étouffe littéralement, mes pulsations cardiaques sont si fortes parfois que j’ai l’impression que je vais exploser. A côté de moi, la nuit dernière, je suis sûr qu’il y a eu un meurtre. J’ai tout vu.

Je n’ai pas pensé une seconde que cela serait aussi dur. Des centaines de kilomètres me séparent encore de mon but, et pourtant, je n’abandonnerai pas. Tous ces visages me sont inconnus. Je me demande bien ce que peuvent faire mes deux meilleurs amis, l’un parti avec ses parents, l’autre avec sa femme et leurs enfants. Les miens sont plus jeunes, on ne pouvait vraiment pas tenter le coup. Les reverrai-je un jour ? Je préfère ne pas m’attarder à cette pensée. C’est très dur, non seulement car mes chaussures sont cassées, qu’on m’a volé les quelques billets que j’avais en poche, que je ne sais où trouver de la nourriture et que ma gorge se serre à chaque nuit passée près d’autres personnes que je ne connais absolument pas, qui ont peur aussi mais qui me font peur surtout.

J’avais pourtant un bel avenir devant moi, j’avais appris mon métier avec un vieil homme passionné, j’étais passionné à mon tour… et je ne savais rien faire d’autre, à part ça. Je savais faire une chose : réparer des vélos. Trouver des pièces, les ajouter, les bricoler pour les faire avancer. Je me souviens de mon tout premier vélo. J’avais 19 ans. Il était vert, avec une selle brune. Je l’aimais tellement. Et maintenant ? Je n’ai plus rien.

Entre la vie et la mort, je me promène, dans l’espoir que Dieu ne me rappelle pas à lui aujourd’hui. Et c’est ainsi tous les jours.

Le spectacle qui se décline devant mes yeux est affreux, comment ne pas penser à ma mort ?

Si je survis à un tel voyage, et que je parviens à passer dans ce pays riche, là-bas, au Nord, que j’arrive à y rester sans mourir de faim et de soif, que se passera-t-il pour moi ? Pourrai-je seulement parler la langue pour me faire comprendre ? Une honte de devoir quémander un peu de pain et d’eau, mais qu’est-ce que la honte si je peux enfin trouver un travail pour une vie meilleure après ?

Les gens meurent. Autour de moi, c’est la saleté, la déprime, la faim, et les maladies qui nous guettent Je le sais bien. Tout le monde le sait. Et pourtant, je continue à marcher. Je continue sans fin, je ne me repose que dans ma tête. Je marche. Dans ces paysages inconnus, ces pistes qui montent et qui descendent comme quand les oiseaux montent dans le ciel dans mon pays. Mais je ne suis pas un oiseau libre. Je suis contraint à tout quitter, dans une cage. Une cage qui s’ouvre sur autre chose, ou alors, c’est la mort.

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international/2015/09/02/008-migrant-turquie-refugie-syrien-mort-noyade-photo.shtml

http://www.lefigaro.fr/international/2015/09/02/01003-20150902ARTFIG00408-migrants-l-europe-sous-le-choc-apres-la-photo-d-un-enfant-mort-noye.php

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/08/30/un-camion-de-migrants-intercepte-en-autriche-une-nouvelle-tragedie-evitee_4740459_3214.html

http://www.lemonde.fr/international/article/2015/08/30/laurent-fabius-denonce-l-attitude-scandaleuse-de-la-hongrie-dans-la-crise-des-migrants_4740538_3210.html

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